Poème lu par le col (er) Thierry Lefebvre en ouverture du Congrès de la FSALE à Castelnaudary le 14 juin 2025.

TOUS LES TROIS ANS

Il attend..... Pas Noël, ni son anniversaire. Non, il attend le congrès. Son Congrès. Celui de la FSALE. C’est plus qu’un rendez-vous. C’est une permission d’âme, un rappel à l’ordre du cœur.

Tous les trois ans, il prépare sa valise comme on prépare une fête. Il y met peu de choses : blazer, chemise blanche, cravate verte, et les décorations. Mais c’est le drapeau, l’étendard ou le fanion, qu’il emporte en premier, qu’il met au-dessus. Il brosse les souvenirs, il repasse quelques pensées, et range les regrets dans les tiroirs de l’oubli.

C’est qu’il veut être beau. Tous les trois ans, il retrouve ses frères. Il retrouve les siens, ceux qui ont marché dans la même poussière, pleuré les mêmes copains, et oublié la haine et toute autre querelle. Lui et ses camarades convergent de partout. C’est ça la Légion ! Par train, car, voiture, moto… Tout comme la mémoire ; tout ça boite un peu. Mais qu’importe, on est arrivés. On est là. Mon dieu ! on est encore là. On sera toujours là. Vaille que vaille !

Cette fois, on ne revient pas du désert, du feu, de l’exil. Mais on revient se poser ici ou là. Trois jours, tous les trois ans. Pour dire : « Tu es là. Moi aussi ». C’est qu’on se reconnaît sans s’être oubliés. On s’appelle par le prénom qu’on portait au combat. Ou pas.

On se serre les mains, on s’étonne des rides, on rit comme des mômes. On boit à nous, on boit à ceux qui sont là et à ceux qui ne viendront plus. Les absents ont leur chaise, leur nom dans le regard. On leur porte un toast, une émotion encore plus profonde que pour les autres. On parle de rien, pourtant de tout : d’un camp perdu, d’un chien adopté, d’un silence partagé sous les étoiles, sous la mitraille, dans la peur Une tape sur l’épaule vaut une phrase entière.

On chante. Oui. On chante. Mal, mais vrai. On chante faux, mais on chante ensemble. La voix fêlée, comme les souvenirs. Et c’est beau quand même.

Ainsi, chaque congrès, il renaît un peu. Il marche droit, comme au premier jour, mais les épaules ont vécu. Son béret, il le porte comme un soleil sur la tête. Et dans ses yeux, il y a la paix d’un vieux combat et ce serment si beau et jamais trahi.

Puis, quand il rentre… Oh, quand il rentre, il ne dit rien. Ou presque. Juste : « C’était bien ». Et cela suffit.

Parce que tous les trois ans, il se rappelle qu’un légionnaire ne meurt pas vraiment, tant qu’il a quelqu’un, quelque part, pour le saluer.

Et c’est tout. Et c’est immense.

 

Thierry Lefebvre

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